Cassons le mythe du « casseur » !


Un étudiant.


 

          « Il y a l’émeute, et il y a l’insurrection » disait Victor Hugo. « Ce sont deux colères; l’une a tort, l’autre a droit. Dans les états démocratiques, les seuls fondés en justice, il arrive quelquefois que la fraction usurpe; alors le tout se lève, et la nécessaire revendication de son droit peut aller jusqu’à la prise d’armes. Dans toutes les questions qui ressortissent à la souveraineté collective, la guerre du tout contre la fraction est insurrection, l’attaque de la fraction contre le tout est émeute. »

          Le mouvement qui est le nôtre, celui qui commençait par la lutte contre la Loi Travail, s’est étendu petit à petit à une remise en cause de tout un système. En ce sens, il est très vite apparu que cette loi n’était que la suite logique de 30 ans d’oppressions en tout genre et contre tous les genres. Il suffit pour cela de se rendre Place de la République. A la Nuit Debout. Parmi la foule auto-organisée. La loi Travail ne fut qu’un prétexte pour en finir avec cette violence de classe dans laquelle notre génération est née. Cette violence de classe dans laquelle les générations précédentes nous ont élevé-e-s.

          Peut-être finalement nous fallait-il cette loi pour enfin prendre pleine conscience de tout cela.

          Face à cette violence inouïe, face à la répression étatique déjà observée dans l’histoire des mouvements sociaux, face aux coups de matraques répétés, aux gaz lacrymogènes, aux fracas des boucliers anti-émeute, il est trop souvent considéré que nous devons répondre pacifiquement. Dans le calme. Nous maintenir tranquilles pendant que l’on nous réprime. Dans une société où la violence légitime, celle de l’Etat, est aux mains de la police, toute personne qui répond avec la même violence est aussitôt minorisée. D’abord par les médias. Ensuite par les camarades qui combattent les mêmes injustices.

          Mais pourquoi devrions-nous leur dire de se calmer ? Ces « casseurs » sur lesquels la société s’appuie si bien pour décrédibiliser nos luttes ne sont ni à blâmer, ni à déifier. Leur violence est légitime. Elle s’explique en expliquant la violence de l’Etat et du Capital. Elle s’explique par la misère et la mort sociale auxquelles ces deux entités nous condamnent allègrement. Sans scrupules. Sèchement. Par le monde du travail. Par l’exploitation au sein de celui-ci. C’est aux médias que nous devons dire de se calmer. Un « casseur » – entendons-nous sur ce mot – ne « casse » pas par simple plaisir de la destruction. Son message est éminemment plus politique. A quoi nous attaquons-nous dans notre mouvement ? Au monde du Capital. Du patronat. De la finance. A l’Etat. Que « casse » un « casseur » ? Des banques. Des grandes entreprises. Celles qui nous exploitent. Nous volent au quotidien. Les lycéen-nes du lycée Bergson, sitôt après la répression qu’on y a subi, n’ont pas simplement « cassé » des supermarchés. Ce dépouillement a profité, plus tard, à des réfugié-e-s qui ont fui la guerre et la misère. « Casse » ? Non ! Justice ! Et, pour une fois, soyons honnêtes un court instant : ne sommes-nous pas réjoui-e-s quand le « casseur », qui connait bien les techniques de défense collective et la tactique de la police, se fait taper par les CRS à notre place, nous permettant ainsi de fuir ?

          Les « casseurs » ne « cassent » pas. Ils luttent avec nous contre le système en place. Ensemble, nous sommes le tout. Seul, l’Etat est la fraction.

        Nous menons des luttes communes. Sur des fronts différents. Dans cette guerre sociale qui s’est jadis amorcée, il faut savoir se défendre sur tous les champs de bataille. De là naît la nécessité de casser le mythe du « casseur ». Déjà dans ce qu’il a de sexiste. On parle toujours DU « casseur », mais ne parlons-nous jamais de LA « casseuse » ? Ne nous faisons pas le relais des oppressions que nous condamnons. Avançons. Lorsque l’on parle du « méchant casseur qui détruit tout sur son passage et fait peur à tout le monde », nous cantonnons cette révolte de classe à l’imaginaire collectif bridé, qui se contente de se figurer des grands gaillards musclés et qui saccagent au hasard des vents qui les portent. Laissons la place aux femmes et aux minorités de genre. La violence qu’elles subissent dans « le Vieux Monde » est suffisante pour qu’elle ne se reproduise à nouveau dans celui à venir.

          Concluons.

          La responsabilité de chaque personne qui compose ce mouvement, de chaque camarade qui n’en peut plus du rouleau compresseur dont on ne dispose à notre guise, c’est de ne pas se fermer à certaines des luttes qui composent elles aussi ce mouvement. Nous ne devons ni condamner la riposte de camarades contre les forces de répression étatiques, ni refuser ou dénigrer le message politique qu’elle s’efforce de véhiculer. Lorsque nous parlons de convergence des luttes, de massification de ce fier et beau mouvement, nous ne pouvons pas tourner le dos à ces luttes que nous ne comprenons pas encore. Apprenons. Évoluons. Convergeons.

          Ainsi, uni-e-s, réuni-e-s dans cette lutte contre l’injustice et le mépris social, nous apporterons la catastrophe à cet Etat qui la mérite depuis trop longtemps.

 

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3 réflexions sur “Cassons le mythe du « casseur » !

  1. tiens j’avais écrit ça sur le sujet aussi ! mais ça rejoint ce qui est dit, si jamais ça intéresse quelqu’un…

    Tandis que les chiens de garde appellent à dénoncer les violences et à soutenir l’ordre établit, il apparait important de remercier ces « dangereux casseurs ». Merci à eux d’aider le gouvernement à relancer la croissance capitalistique !

    Ce Jeudi 30 Mars 2016, il y a eu une importante mobilisation dans la rue contre le projet de loi du travail. Il s’agit maintenant d’ouvrir l’horizon et d’avoir un objectif plus large à long terme que le simple retrait de la loi. La France meurtri par les attentats peut se rassembler autour d’une vraie vision sociétale. Ceci n’est pas de l’utopie ou de l’idéalisme gentillet. C’est simplement penser que le monde peut être différent de celui qu’on nous impose. On ne peut pas parler de rêve ou de fantasme lorsque les solutions concrètes sont là, juste devant nous, et réalisables. De la décroissance à la croissance verte en passant par la transition écologique, il existe de nombreux modèles qui remettent en question l’économie.
    Pourtant aujourd’hui, on ne nous propose qu’une économie capitalistique, néolibérale où les marchés sont libres, et il faudrait rendre le marché du travail encore plus flexible. Les « abominables casseurs » qui ont défilé ce jeudi sont donc les perturbateurs qui tentent de porter atteinte à la liberté capitalistique. Néanmoins la liberté du marché et du capitalisme est une liberté destructrice qui n’est en rien différente de celle que les autorités dénoncent avec les actions des casseurs ? Qu’elle est la différence entre un jeune qui brise la vitrine d’une compagnie bancaire, et un capitaliste qui rase une forêt pour produire ? Qu’elle est la différence si ce n’est que le jeune se mouille pour agir ? Ce n’est qu’une question de motivation de l’action. La destruction est partout, mais seule celle qui porte atteinte à l’ordre social établit est pointée du doigt. La destruction est tellement partout qu’elle est même programmée dans certain secteur de l’industrie. Nous vivons dans un modèle économique qui tire son efficacité par la destruction créatrice, détruire pour reconstruire. La destruction implique une reconstruction permanente. Il faut donc des travailleurs qui travaillent sans cesse, des gens au travail, qui n’ont pas suffisamment de temps pour s’émanciper pleinement, et organiser la société de demain. Les premiers théoriciens de la croissance fondée sur l’accumulation sont les premiers à penser que celle-ci va permettre de grandir la société, où chacun est plus riche, travail moins et accorde d’avantage de temps aux loisirs. Pourtant, même si ceci pourrait être réalisé, la société que nous connaissons est bien différente.
    S’il faut rejeter cette loi, il faut également rejeter le travail tel qu’il est conçu dans notre société. Il s’agit de sortir du cercle vicieux du travail. Plus l’on travail et plus on a besoin du travail pour palier à notre manque de temps. Tout ceci nous nuis de tous les côtés sur tous les aspects, écologique, sociale, santé… Je vais rentrer tard du travail, il va me falloir manger des plats cuisinés achetés dans une grande surface, j’y trouverais peut être du cheval, mais je n’ai pas le temps de vérifier ce que je mange. Avec plus de temps, j’aurais pu aller au marché du coin acheter des bons produits respectueux de l’environnement.
    Beaucoup de partisan de la croissance capitaliste répondent que c’est cultiver le travail (flexible, compétitif), et lui seul, qui permet l’innovation technologique, et qu’il faut exploiter au maximum ce travail (c’est-à-dire ne pas le raccourcir) pour que la technologie progresse. Ces partisans en sont si convaincus qu’ils travaillent depuis 20 ans avec la même envie de devenir millionnaire, et viennent tout juste de rembourser l’emprunt bancaire pour leur maison. Ils ont oubliés que l’invention et l’innovation viennent de la connaissance, et celle-ci vient de l’éducation avant de venir du travail. Certes le travail permet le perfectionnement, mais c’est l’éducation le fondement même de la réflexion et la recherche. Dans le secteur de l’innovation et tout particulièrement des nouvelles technologies, combien de milliardaire le sont devenus alors qu’ils n’étaient que des étudiants dans un garage la bière à la main. Apple ou Facebook, pour prendre deux entreprises capitalistiques, n’ont pas été réfléchies par des vieux derrières un bureau le café à la main (pour ne pas s’écrouler de fatigue).
    Mais si la réduction du temps de travail peut se justifier sur le plan économique, les capitalistes sont conscients du danger que représente du temps libre pour une personne positionnée en bas de l’échelle sociale dans une société hautement hiérarchisée. Il suffit de relire 1984 de Georges Orwell pour se rappeler que l’aliénation au travail permet la stabilité du pouvoir. Il est alors facile de comprendre le risque que représente l’idée d’un travail insoumis à une discipline laborieuse et une organisation rythmée.
    Dans nos sociétés occidentales, le travail a une valeur qui lui est propre, où l’utilité même de ce travail joue un rôle ambigu. Mais il est difficile de faire comprendre à un enfant pourquoi un directeur marketing gagne plus qu’un infirmier, un éboueur, un mécanicien, et un cheminot réunit ?
    Peut-être qu’il s’agit de repenser le travail afin de le réorienter vers une valeur sociale définit, en travaillant moins, mais en se concentrant sur le nécessaire.
    Alors oui, lorsque des jeunes détruisent des panneaux publicitaires, les cadres marketing peuvent se mettre en grève, leur mouvement n’aura jamais le même impact sur l’économie qu’une grève de cheminot ou même de professeur « improductif coutant une fortune à l’Etat »…

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  2. « La concurrence, c’est la guerre. Le profit, c’est le butin. » (Proudhon)
    Massacre parisien du 13 nov. et Panamapaper sont liés, quelque part…

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