L’Université que nous voulons

Mardi dernier l’Assemblée Générale des étudiant.e.s mobilisé.e.s de Paris 1 contre le projet de loi travail a voté l’occupation d’un amphithéâtre de Tolbiac, occupation qui a donc eu lieu dans la soirée. Qu’est ce que l’occupation ? C’est la présence continue, libre, pacifique et constructive d’un lieu, de la salle de TD à l’université entière. A quoi doit servir cette occupation ? L’occupation doit permettre aux étudiant.e.s de reprendre en main la vie de leur université : loin de se limiter aux seuls mouvements sociaux, ce que l’on appelle occupation devrait en fait être un état de fait systématique : les étudiant.e.s, parce qu’ils sont l’université, devrait avoir le pouvoir de la faire vivre.

Aujourd’hui, l’université est dans un état lamentable, sous financée par un Etat bourgeois qui voudrait à terme permettre la privatisation de ces institutions d’enseignement supérieurs qui sont encore les seules à permettre à quiconque, fil.le.s d’ouvrier.e ou fil.le.s de cadre d’avoir accès aux plus prestigieux enseignements en France. Cependant, nous savons tous qu’au delà de cette égalité de droit, il y a une inégalité de fait : l’université est un plus un lieu de reproduction sociale qu’un lieu d’émancipation et d’ascension sociale. C’est un lieu de verticalité : le/la professeur.e.s dans son cours magistral ne laisse pas les questions des étudiant.e.s se poser, il/elle livre ses visions des choses sans réel droit de réponse. C’est aussi un lieu fermé ne serait-ce que par le contrôle des cartes étudiantes à la Sorbonne. C’est un lieu où l’étudiant.e.s, loin de choisir d’étudier ce qui l’intéresse, loin de s’approprier un corpus de connaissance qui fait sens et qui lui permettrait d’assimiler les compétences qui lui seront utiles plus tard, se voit imposer ses cours. En imposant les cours aux étudiant.e.s, en ne laissant pas le choix –où sinon à la marge : préfères tu Histoire de la République romaine ou Histoire de la Grèce hellénistique ? – des cours qu’ils peuvent prendre, l’université impose ses cloisonnements, empêche l’interdisciplinarité et empêche la création d’une communauté universelle par des esprits de corps toujours plus forts.

L’université est devenue un outil au service du capital, chargée de former les futurs travailleu.se.rs – chômeu.se.rs aux volontés du capital. Plus de distinction en masters de recherche et masters professionnels en sciences politiques à la Sorbonne ; préférence de la quantité à la qualité dans les rendus de devoirs ; techniques managériales dans la gestion des équipes de recherche et des laboratoires : l’université est devenue l’antichambre de l’entreprise.

Il faut toujours se rappeler que notre modèle d’université est contingent ; l’université est passée à côté de très nombreux possibles non advenus. Ce rappel de l’aspect contingent de notre modèle nous permet d’entrevoir quelles sont les possibilités pour une autre université. Regardons ailleurs, regardons plus loin : en 1901, Rabindranath Tagore créait en Inde l’université Santiniketan, fondée notamment sur les activités en plein air et sur des méthodes sensorielles. D’autres alternatives sont possibles, et il est du devoir des étudiant.e.s de réclamer leur droit à une meilleure éducation.

De nombreuses idées germent dans les esprits de ceux qui ne veulent plus de cette université : récemment, un rapport du CNRS remettait en cause l’utilité des notes dans les enseignements, préconisant l’utilisation plus importante des compétences. Sans annoncer que c’est la solution miracle, il faut surtout y voir une remise en cause des modes de fonctionnement de l’université : aujourd’hui, l’université ne teste plus, et reste embourbée dans un système qui a fait son temps.

Une université vécue et construite par les étudiant.e.s, c’est tout d’abord une université qui met à leur disposition les moyens de cette volonté : à Paris 1 aujourd’hui, c’est la croix et la bannière pour obtenir un amphithéâtre pour une conférence ou un cours alternatif. Même les professeur.e.s, quand ils veulent organiser des débats avec les étudiant.e.s –par exemple au sujet des attentats de novembre avec l’UFR de sciences politiques – doivent mentir à l’administration en prétextant des cours de rattrapage. Quelle est la taille des locaux syndicaux à Paris 1 ? Quasi inexistante, alors que l’université compte 40 000 étudiant.e.s. D’où la nécessité de mesures comme l’occupation de l’université, qui permettent à ceux et celles qui le veulent de proposer leur propre université, de s’émanciper, de se comprendre et de comprendre le monde, de devenir acteurs-actrices de l’université plutôt que consommateurs-consommatrices. C’est pour cela que l’assemblée générale du 24 mars a voté l’occupation d’un amphithéâtre dès le mardi 29 mars : des cours alternatifs seront proposés, des séances de cinéma, des débats ; bref, un lieu de vie intellectuelle et de dynamisme.

Arthur C.

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Une réflexion sur “L’Université que nous voulons

  1. C’est un début qui parait sympathique.

    Je me permets de vous faire remarquer que ce mode d’organisation (celui de l’université, très verticalisé, où l’avis de l’étudiant est marginalisé), on le retrouve partout :
    a pôle emploi,par exemple, où tout est fait pour que le chômeur vive dans l’angoisse de la radiation et n’est jamais consulté sur le fonctionnement de la structure, dans l’entreprise… mais aussi plus généralement dans la vie politique : est-ce à tout le monde où aux homo de décider s’ils veulent des gosses, idem pour les droits des femmes, minorités, gestion de la toxicomanie, contraception…

    Ne devrait on pas commencer par écouter les premiers concernés ?

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