Tolbiac, le 17 mars : témoignages 3/3

  • Témoignage 7

« Je tenais à dire merci aux gens qui m’ont tendu la main quand j’ai couru, qui m’ont calmée quand j’étais prête à craquer ou à m’emporter en regardant, impuissante, des jeunes et des vieux se faire charger et tabasser à coup de matraque sur la route. Ce n’est que mon témoignage, un témoignage parmi tant d’autre. Je vous invite à écrire le votre qu’il fasse 2 ligne ou 100 pages qu’il soit formel ou personnel, signé ou anonyme. J’aimerais ensuite qu’on rassemble tous ces témoignages pour en faire un recueil.

Je suis traumatisée, j’en tremble encore plusieurs heures après… Et j’ai besoin de témoigner. J’ai vu des jeunes qui n’avaient pour seul crime que d’être debout sur un trottoir pour discuter d’une loi qu’ils considèrent injuste se faire matraquer et gazer, certains se sont relevés le visage en sang… Des gens qui n’étaient même pas entrés dans l’amphithéâtre fermé. J’ai vu des centaines de CRS s’attrouper autour de notre fac pour déloger une centaine d’étudiants qui faisaient une assemblée générale dans un amphi. Il y avait au moins deux fois plus de forces de l’ordre que d’étudiants à déloger. C’est de l’acharnement, c’est complètement démesuré. Et même sans parler de cette histoire d’amphi… j’aimerais comprendre pourquoi les gens qui filmaient à 50-100 mètres se sont fait charger … J’ai vu la peur, j’ai vu les gens courir et se prendre par les mains pour aller le plus loin possible. Certains sont tombés, certains se sont couchés, et même parmi ceux qui se sont allongés au sol et sur les marches des escaliers ; beaucoup sont repartis ensanglantés avec des séquelles physiques et psychologiques importantes.

A 18h00, en assemblée générale officieuse devant Tolbiac, on est beaucoup à scander « libérez Tolbiac », Tolbiac étant le site universitaire sur lequel se tiennent les cours de 17 000 étudiants, site que la présidence de la faculté a décidé de fermer pendant 3 jours pour raison de « sécurité », empêchant la tenue des assemblées générales prévues et organisées par le comité de mobilisation contre la loi du travail (décision qui nous a été communiquée la veille à 22h00 par mail). Déjà, au loin, de part et d’autre, on a vu avancer des CRS. On était alors juste un petit groupe de 150 jeunes attroupés devant la fac. Des étudiants sont entrés dans l’amphithéâtre par la porte du parking qui était apparemment ouverte, décidés à y tenir leur assemblée générale et à occuper une faculté qu’ils estiment être la leur. Ce sont alors des dizaines (on en a compté entre 40 et 50) voitures de CRS qui arrivent et des centaines de CRS qui encerclent la faculté… Les personnes sur le trottoir qui n’étaient pas dans l’amphithéâtre, se sont fait pour certaines gazer et frapper aux vu de tous les passants (dont des enfants en bas âge qui sortaient de l’étude), passants outrés qui finissent par entamer avec nous « Etat d’urgence, état policier ! ». Un peu plus tard les CRS changent de direction pour charger les gens qui filment au loin, sans raison apparente, et ce sont alors des mouvements de foules intenses qui se créent où on assiste à des scènes d’une violence singulière ou peur et solidarité se mêlent.

Pour revenir sur le contexte (pour ceux que ça intéresse), mardi, une assemblé générale s’est tenue dans le centre Tolbiac, il y a été décidé qu’on irait négocier la non comptabilisation des absences à l’université le jeudi 17, jour de manifestation pour les étudiants et d’une nouvelle assemblée générale à 10h30 à Tolbiac. Il a aussi été décidé (de manière certes plus ou moins légitime) qu’en cas d’échec des négociations, la fac serait bloquée. Après deux heures de sitting festif et bon enfant à cinquante étudiants dans le bureau de la direction du site PMF, la direction a finalement accepté d’envoyer un faxe à la présidence générale de Paris I, l’informant de notre requête. Mercredi, vers midi, la présidence de Paris I a confirmé que les absences ne seraient pas compatibilités Le Blocage n’allait donc pas avoir lieu et une assemblée générale pourrait se tenir dans la faculté avant la manifestation. Surprise quand dans la soirée vers 22h00 nous apprenons par un mail que Tolbiac est finalement fermé pendant les 3 jours à suivre pour des raisons de « sécurité ». On décide alors d’aller à la Sorbonne le lendemain matin pour tenir notre assemblée générale. On se donne rendez vous devant Tolbiac, fermé, pour converger vers la Sorbonne ensuite, le temps que l’on arrive, la Sorbonne est fermée. Déterminés, on tient une assemblée générale devant le site, fermé. Plus tard après la manifestation, on décide de se retrouver à nouveau devant Tolbiac, pour décider de ce qu’on compte faire après la manifestation… »

JEUDI L’EXPRESSION – TOLBIAC LA ROUGE – A PRIS UN NOUVEAU SENS. JEUDI TOBIAC ÉTAIT ROUGE DU SANG DES MANIFESTANTS .

  • Témoignage 8

« La démocratie à la fermeture de fac et à la matraque, à la gazeuse, c’est une réalité bien triste qui laisse un goût amer dans la bouche.
On se mobilisera jusqu’au bout. »

  • Témoignage 9

« Rude journée. Mercredi soir nous recevons un mail. Tolbiac est fermée. De 22h00 à 1h00 il a fallu prévenir les gens que l’Assemblée générale ne pouvait se tenir. Levé à 5h00, pour être sur place à 7h00. On part vers la Sorbonne, aussi fermée, et on organise une AG dehors. Une réussite : 200 personnes. Avec certains, je fais le choix de partir dans le cortège des lycéens venus nous chercher. La journée commençait bien. Arrivés à Nation nous convergions vers République.

Là les choses prirent une autre tournure. Quelques personnes violentes brisent des vitres et utilisent des pétards. La police compresse la manifestation, charge et utilise des gaz lacrymogènes sur des manifestants pacifiques. Un mouvement de foule se créée. On est tous paniqué. Avec deux amis, on part par des petites rues pour aller à République manger un peu avant la manifestation. Celle-ci se passe bien.

On la termine dans le calme et à 17h30 nous avons fait le choix de de nous rendre à Tolbiac pour une assemblée générale sur les luttes des chômeurs, des étudiants, des salariés, des fonctionnaires. L’accès au centre nous a été refusé, ce dernier étant fermé.

Certains ont décidé d’occuper temporairement un amphithéâtre. Reprendre notre fac fermée arbitrairement, est-ce illégitime ? Quelle est cette société où on demande aux jeunes d’agir comme citoyens et où pourtant on leur refuse les pratiques de base de la citoyenneté ?

C’est alors que tout a commencé. J’ai personnellement vu la facilité avec laquelle les étudiants sont rentrés dans l’Amphi N, dont la porte avait été laissée ouverte, tout comme celle du parking. A aucun moment on a été empêchés de pénétrer dans les lieux. Plusieurs centaines de CRS, une cinquante de membres de la BAC, plus de 50 camions, pour quoi ? Pour déloger moins de 100 personnes.

Aujourd’hui c’est un sentiment de dégoût et de honte qui m’anime. Envers les forces de l’ordre présentes bien entendu. Celles-ci ont violenté les personnes présentes à l’intérieur du site comme à l’extérieur, les passants compris. Je les ai vus faire usage de gaz lacrymogènes et de coups de matraques sur la tête de personnes au sol. Une jeune a dû être prise en charge par les secours.

Mais un sentiment de dégout et de honte, d’abord et avant tout envers le Président de mon université. Celui-ci est le seul responsable. Responsable en ayant provoqué ces tensions par la fermeture administrative, alors que permettre la tenue de la réunion aurait évité cette situation. Responsable en ayant autorisé l’intervention totalement de la police. Comment peut-on infliger un tel traitement à ses propres étudiants ?

Et puis aussi de tristesse. Voir un amphithéâtre, lieu d’émancipation et de savoir, se voir changé en souricière, mais aussi voir une fille se faire tabasser sous mes yeux au sol par trois policiers sans rien pouvoir faire, être chargé et devoir fuir en courant comme si j’étais un terroriste, sont des choses qui touchent profondément.

Aujourd’hui, je suis encore vivement choqué. Et après coup les choses sont encore plus difficiles. Sur le coup j’étais choqué. Aujourd’hui, certainement traumatisé. Les images restent présentes sans rien pouvoir faire. Nous garderons en tête pour longtemps ce qui s’est passé sur Tolbiac ce soir du 17 mars.

Le seul point positif de cette soirée, c’est qu’elle a rappelé ce qu’était la camaraderie, l’amitié, la solidarité.

Ni oubli, ni pardon. »

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