Tolbiac, le 17 mars : témoignages 2/3

  • Témoignage 4

« Je fais rarement ça mais la j’ai envie que tout le monde sache. Que tout le monde sache qu’après la calme et pacifique manifestation de cette après midi, les CRS, largement supérieur en nombre, ont martyrisé des étudiants qui voulaient juste faire une AG, tout à l’heure, à Tolbiac, vers 18h. Faire une AG n’est pas synonyme de vandalisme ou de quoi que ce soit de nocif, faire une AG, c’est parler, discuter d’affaires sociales et politiques qui nous concernent tous de près ou de loin. Aujourd’hui cette AG aurait concerné cette fameuse loi «Travaille ! » . Les forces de l’ordre ont gazé et matraqué à tout va après avoir parqué dans des NAS. Si personnellement je peux être maintenant chez moi à écrire ce message, plus ou moins valide, d’autres camarades sont actuellement à l’hopital, d’autres encore en Garde à Vue. Encore une fois, je le répète, parce qu’ils voulaient faire une AG dans une fac. Je veux dire ce que j’ai vu, j’ai vu, j’ai vécu les forces de « l’ordre » se mettre à plusieurs sur des jeunes qu’ils avaient isolés, j’ai vu des visages ensanglantés, j’ai vu la répression contre la pensée, contre la résistance sociale de jeunes pacifiques et instruits. Je suis choqué, blessé et plus que jamais révolté. Instruisez vous, allez chercher les informations, et que vive la révolution. »

  • Témoignage 5 : Gauthier Griffart, étudiant en deuxième année de double licence Histoire-Science politique à l’université Paris 1.

« Je ne suis pas du genre à donner publiquement mon avis, ce que j’ai vu jeudi m’a vraiment choqué et je trouve nécessaire de témoigner.

La manifestation de jeudi s’était très bien déroulée malgré les craintes que j’avais eues au début de la journée. C’est lorsque nous étions sur la place d’Italie que quelqu’un a dit au micro qu’il fallait à nouveau se retrouver devant Tolbiac. Il y avait aussi des papiers qui circulaient sur la tenue d’un « comité de lutte » (et non de mobilisation) devant Tolbiac à 18h. Avec Camille, l’amie avec qui j’étais, nous n’étions pas favorables à cette réunion. De toute façon nous pensions que ce comité n’aurait pas lieu parce personne n’irait.

Nous avons ensuite retrouvé d’autres étudiants au parc de Choisy vers 16h30/17h et on a un peu discuté de la manifestation. Progressivement des étudiants sont partis pour Tolbiac. Avec Camille et deux autres étudiants de Paris 1 nous étions les quatre derniers à partir du parc pour aller voir ce qu’il se passait à PMF. On avait peur que ce rassemblement tourne mal ; sur le chemin nous avions vu cinq camions de CRS arriver avec sirènes allumées pour se garer à proximité de la fac.

Pour voir ce qu’il se passait on a décidé de rester sur le trottoir en face de la fac pour éviter les risques. Devant la fac il y avait peut-être une centaine d’étudiants. Ca semblait confus. On a un instant pensé que les étudiants se dispersaient et allaient partir mais nous nous sommes rendu compte qu’ils se rassemblaient sur le côté Ouest de la fac ; sur le côté rue de l’amphithéâtre N. On a décidé de traverser la route afin de comprendre pourquoi les étudiants se rassemblaient devant l’amphi N. Camille ne voulait pas trop approcher, je me suis avancé et j’ai vu que la porte du garage sous l’amphi était ouverte. Je suis retourné vers Camille pour lui dire que je ne comprenais pas pourquoi la porte était ouverte et comment les étudiants avaient réussi à ouvrir. C’est peut-être moins de deux minutes après que j’ai vu les portes de secours de l’amphi N s’ouvrir. Des étudiants ont commencé à rentrer dans l’amphi. Au-dessus de l’amphi N j’ai vu un vigile qui semblait regarder vers les portes de de secours de l’amphi N mais il ne réagissait pas. Est-ce que de là où il se trouvait, bien qu’il regarde vers les portes de secours de l’amphi N, il ne pouvait pas voir ces portes ? Il paraissait très calme. A ce moment-là je ne comprenais pas ce qu’il était en train de se passer. Avait-on finalement l’autorisation d’entrer ? Les étudiants avaient-ils réussi à obtenir des clés pour rentrer dans l’amphi ? Une chose est sûre, je n’ai jamais eu l’intention de rentrer dans l’amphi car je savais que le risque était grand avec les CRS juste à côté.

Peut-être une ou deux minutes après, je suis allé devant les grilles de l’entrée principale de PMF et j’ai vu le vigile, que j’avais déjà vu regardant vers les portes de l’amphi N qui allait dire aux autres membres de la sécurité que les étudiants rentraient dans l’amphi. L’ensemble des membres de sécurité sont allés voir en vitesse si les étudiants rentraient effectivement dans l’amphithéâtre mais ils ne semblaient pas du tout affolés. J’essayais de regarder à l’intérieur de la fac mais les portes de l’amphi N paraissaient fermées de l’intérieur. A l’extérieur les portes de secours étaient toujours ouvertes avec des étudiants qui nous appelaient à rentrer.

Les premiers CRS qui étaient juste à côté de PMF sont vite arrivés ; je dirais environ cinq minutes après que les étudiants ne commencent à rentrer. Mais les CRS n’ont pas tout de suite cherché à déloger les étudiants qui étaient rentrés dans PMF. Ils étaient entre dix et vingt peut-être et attendaient en bas des escaliers qui mènent aux sorties de secours de l’amphi. Ils se préparaient. Progressivement on a vu de nouveaux camions de CRS arriver. Il arrivait des dizaines et des dizaines de CRS devant les portes de l’amphi N. Je me trouvais toujours devant la grille de l’entrée principale de Tolbiac, je voyais ca de loin. Les portes de secours de l’amphi N étaient toujours ouvertes. D’un seul coup un policier a couru vers un des escaliers extérieurs de l’amphi N, mais un étudiant a immédiatement fermé la porte de secours. Il y a avait donc une centaine d’étudiants enfermés dans PMF.

Les CRS se sont mis à encercler le bâtiment. Ils se sont postés tout le long des grilles de l’entrée principale. Les CRS étaient maintenant vraiment nombreux ; il commençait à en arriver par le côté Est de la rue de Tolbiac. La tension montait à l’extérieur, un étudiant passait devant les CRS en criant contre leur action. Progressivement c’est l’ensemble de la foule autour des CRS de l’entrée principale qui a commencé à entonner des chants critiquant l’action de la police.

Au bout de cinq ou dix minutes les portes ont été ouvertes et une dizaine de premier CRS sont entrés dans PMF. Je n’ai pas réussi à voir ce qu’il se passait dans le hall du bâtiment. J’étais toujours à peu près devant la fac, du côté Est, lorsque j’ai vu arriver en courant, du côté Ouest de PMF, un groupe d’une cinquantaine de personne peut-être. Comme j’étais de loin j’ai d’abord pensé à des étudiants, ce n’est que lorsque que j’ai vu leur brassard rouge que j’ai compris qu’ils faisaient, eux aussi, partie de la police.

J’ai entendu un CRS crier « Allez, on y va ! » et là, c’est peut-être une grosse centaine de CRS et de policiers de la BAC qui sont entrés dans l’enceinte de PMF. Les étudiants huaient. C’est peut-être entre cinq et dix minutes après que j’ai vu les étudiants qui étaient enfermés dans l’amphi N courir vers le trottoir en face de la fac. Comme j’étais de loin je n’ai pas bien vu. J’ai d’abord pensé qu’ils s’étaient directement échappés par les sorties de secours de l’amphi N et que les CRS ne s’y était pas attendu (ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai vu qu’ils avaient dû forcer une ligne de CRS).

Un gros groupe d’une centaine d’étudiant s’est formé sur le trottoir en face de Tolbiac, ils chantaient et criaient. On pouvait penser que l’incident était terminé. Mais à partir de ce moment, la situation devient complètement incompréhensible.

Les CRS se sont mis en ligne pour faire face aux étudiants regroupés sur le trottoir en face de PMF et ont commencé à avancer vers eux. Beaucoup d’étudiants sont partis par la plateforme de l’Olympiade. C’est devenu très confus, les CRS avançaient vers les étudiants. Je n’ai vu qu’un seul jet de bouteille, qui a éclaté aux pieds d’un CRS. Je n’ai vu qu’un étudiant qui a donné un coup de pied dans le bouclier d’un CRS. Les policiers ont ensuite chargé, d’après ce que j’ai vu. Pour ma part je n’ai vu que des CRS donner des coups de matraque, je n’ai pas vu l’usage de gaz. J’ai vu des personnes qui voulaient sortir de la mêlée se faire maintenir contre les murs sans pouvoir poursuivre leur route, même des personnes âgées. Je me suis éloigné pour me retrouver à l’intersection entre la rue nationale et la rue de Tolbiac. J’ai vu un homme qui semblait avoir entre trente et quarante ans se faire transporter la tête en avant par deux ou trois CRS avec pieds et mains liés.

Les CRS ont bloqué complètement toute la partie de la rue devant le centre PMF. Il y avait des camions de CRS partout, la circulation était presque totalement bloquée. On devait expliquer aux gens dans la rue ce qu’il se passait, certains pensaient à une nouvelle attaque terroriste tellement le nombre de véhicules et de membres de la police était important.

En partant et en remontant la rue les CRS continuaient de bloqué la rue. Il y avait encore des camions sur toute une partie de la rue de Tolbiac, entre l’intersection avec la rue nationale et l’intersection avec la rue Aumont, je crois. J’ai compté sur une grosse moitié de cette partie de rue occupée par les véhicules des CRS qu’il y avait vingt-six camions. Si on estime le nombre de camion sur l’autre moitié cette partie de la rue et qu’on prend en considération le fait que les CRS avaient déjà commencé à partir au moment où j’ai compté : on peut tout à fait envisager qu’il y avait effectivement (comme beaucoup d’autres l’on dit) une cinquantaine de camions de CRS durant l’intervention.

J’ai aussi croisé une dame âgée qui voulait passer sur le trottoir en face de l’université. Elle a poliment demandé si elle pouvait passer, un CRS a levé ca matraque comme pour faire barrière et a dit « On ne passe pas. ».

Après l’intervention de la police, lorsque je rentrais chez moi je tremblais encore. Je suis aujourd’hui encore moralement choqué par ce qui s’est produit dans et devant la fac que je fréquente tous les jours de la semaine.

J’ai ici essayé de dire, indépendamment de mes opinions, les choses comme je les ai vues et ressenties sur l’instant, j’ai tenté d’y mettre toute ma sincérité.

Puisse ce témoignage aider à établir la vérité sur cette intervention policière. »

  • Témoignage 6

« Quand ma fac ferme ses locaux, appelle des CRS pour empêcher des étudiant-e-s de se rassembler, de s’exprimer, de construire un mouvement qui va bien au-delà des étudiant-e-s, cela donne des visages défigurés par les matraques. Des yeux irrités par les gaz lacrymogènes. Une colère qui n’en finira pas de grandir.

Ils nous disaient qu’on était là pour apprendre et construire le monde de demain. Qu’en est-il ? Rien. On ne peut le construire dans la mesure où l’on ne peut s’y exprimer – et de fait le contester. L’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, qui se gargarise, au sein même de ses locaux, d’être à l’avant-garde des mouvements étudiants, de 68, du CPE, la LRU, c’est cette fac qui collabore avec les forces de répression. Qui invite les CRS là où jamais ils n’ont été les bienvenus. Victor Hugo, en 1851, devant l’Assemblée Nationale, disait déjà « la police partout, la justice nulle part ». En voici une sombre, une triste, une macabre démonstration. A toutes celles et à tous ceux qui ne voient aucun problème quant à l’état d’urgence : le voici, le problème. Une institution étatique, mondialement reconnue, respectée partout où l’on en parlera, crache de manière significative sur l’histoire qu’elle enseigne au sein même de ses locaux.

Moi, étudiant de Paris 1, je me retrouve désemparé, déçu, dégoûté d’une telle institution qui méprise, réprime, et espère réduire au silence les jeunes qu’elle est censée émanciper.
Nous n’aurons pas de changement dans cette société malade, gangrenée, rongée par tous ses maux, tant que nous n’en aurons pas fini avec de telles pratiques.

Plus que jamais, toutes et tous, il est de notre devoir de se réunir. De se rassembler. De manifester. De polémiquer. De contester. De répliquer. Dans la rue. Dans nos facs. Dans nos lycées. Dans nos écoles. Nous ne devons ni baisser les bras, ni céder à leur pression. En haut, on a déjà peur de nous. En bas, on attend tellement plus de nous. La jeunesse bouge et le gouvernement tremble.

Nous ne nous contenterons pas du retrait de cette loi. »

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