Tolbiac, le 17 mars : témoignages 1/3

  • Témoignage 1 : Camille, étudiante en 2ème année de licence à Paris I

« Ce jeudi 17 mars 2016, c’était ma première manifestation.

J’ai décidé de m’y rendre après avoir longuement réfléchi, car la loi El-Khomri est, pour qui n’est pas informée, un ensemble de clauses bien trop complexe à comprendre, et descendre dans la rue sans savoir pourquoi me paraissait être illégitime. Néanmoins, ces étudiants de Paris I autour de moi qui se mobilisent, passent des journées et des nuits entières à tracter, discuter, s’organiser, pour nous montrer à nous étudiant que ce projet de loi peut se résumer en un mot : précarité ; ces étudiants ils ont réussi à attiser ma curiosité, à me donner l’envie de me battre pour mes valeurs et mes convictions personnelles, à les exprimer au-delà de mon petit cercle d’ami. Je voudrais d’abord les remercier de ce travail qu’ils font, les remercier de m’avoir emmenée avec eux. La seconde raison qui m’a poussé à descendre dans la rue ce jeudi, c’est l’attitude autoritaire et même dégonflée de la direction du centre Pierre-Mendès France ; fermer un centre sous prétexte « de risque de débordements » n’est que mensonge pour ceux qui, comme moi, étaient présents en AG et peuvent témoigner du caractère pacifique de celle-ci. Au-delà de ça, remercions la fac de m’avoir libérée de toutes contraintes pour accompagner les « camarades » (humour).

Je tiens à dire que cette manifestation s’est extrêmement bien déroulée, de l’AG pleine air sur la place de la Sorbonne à 10h30-11h, à la marche de République à Place d’Italie entre 14h et 16h. Un mot pour la décrire : bonne humeur. Et oui, le sourire aux lèvres, la musique, les chants, la danse etc. les étudiants savent manifester dans la bonne humeur, et ils ont raison, car ils savent aussi et surtout qu’il leur est légitime d’être dans la rue.

Vers 16h, je me suis assise avec un ami place d’Italie, comme les autres manifestants, pour manger, me reposer, et discuter, faire le bilan de notre première manifestation. On était vraiment très content et même étonnés que cela se soit aussi bien passé. A ce moment-là, on a reçu un tract nous invitant à nous retrouver devant Tolbiac à 18H30 pour manifester notre mécontentement quant à la fermeture de l’établissement. Pour être honnête, on a tout de suite émis l’hypothèse que ça finirait mal, mais on voulait voir ce qui allait se passer.

Voici mon témoignage, et voici ce que j’ai vu : vers 18h il y avait peut-être 150 étudiants devant les grilles de Tolbiac, ils n’étaient pas réunis spécialement, ils demandaient la réouverture de la fac. Face à eux, derrière les grilles, le directeur de centre et l’administrateur, ainsi que la sécurité les regardaient, et même parlaient à certains manifestants. Etant sur le trottoir d’en face, et voyant que tout était calme j’ai décidé de les rejoindre. A ce moment-là je me suis dit « ça va s’essouffler, les étudiants vont partir, comme tout à l’heure devant le Panthéon ils vont dénoncer la direction, et puis, ils vont partir ». Et en réalité non, très peu de temps après les avoir rejoint, ces quelques étudiants ce sont tous dirigés sur le côté gauche de la fac, et certains criaient « c’est ouvert, c’est ouvert » : effectivement, la petite lumière jaune au-dessus de la porte du parking de Tolbiac était allumée, et le sous-sol ouvert. Pour la direction qui parle d’effractions, je trouve ça fort de réussir à ouvrir électroniquement une porte de parking depuis l’extérieur, sans l’avoir touchée. Enfin, comme certains ont pu le signaler, il est fort probable que la porte ait été ouverte depuis l’intérieur.

C’était une erreur de rentrer, non pas pour le symbole, mais pour notre sécurité. J’ai décidé de rejoindre l’avant de la fac, et sachez qu’une minorité d’étudiants était peut être rentrée mais que les autres discutaient dehors pour savoir quoi faire, et alors même qu’il ne s’était rien passé, le directeur de centre était là, parmi les étudiants, ne les empêchait pas de rentrer, et de l’autre côté la sécurité appelait les forces de l’ordre. Théorie du complot certains diront, mais j’assure à ceux qui n’étaient pas présents que le directeur ne s’est pas opposé à l’entrée des étudiants. En moins de 7 min après l’ouverture du parking une centaine de CRS est arrivée. Ils ont dispersé la foule devant les grilles de Tolbiac, et se sont positionnés face aux grilles. Il n’y a eu aucune communication, aucun membre des forces de l’ordre n’a essayé de discuter avec les étudiants à l’intérieur. 20 min peut être après s’être positionnés, ils sont entrés dans la fac à cent au moins, accompagnés d’une vingtaine de membres de la BAC. Très rapidement les étudiants qui étaient à l’intérieur sont sortis par la porte arrière de l’amphithéâtre et ce sont mêlés à la foule. C’est à ce moment-là qu’il y a eu les premières violences, pour les moins rapides ils ont été rattrapés et roués de coup. Les autres se sont rapidement dispersés. Et pourtant la BAC, et certains CRS couraient à la poursuite de leader : mais quels leaders ? Et puis même si il y en avait eu, comment les trouver parmi la foule ? Les arrestations ont été totalement arbitraires ! J’ai vu un homme se faire arrêter par la BAC, transporté à l’horizontale, poings et pieds liés et hurlant, tout ça devant les yeux de passants et d’enfants choqués, se demandant ce qu’il se passait et souhaitant simplement rentrer chez eux. Et pour info, cet homme n’avait rien d’un étudiant.

Bref, la suite est encore mieux, les CRS, qui étaient maintenant au moins 300 (on a compté le nombre de camion, 36 dans la rue de Tolbiac -entre la rue Nationale et l’avenue de Choisy-, plus au moins 6 camions de la BAC dans la rue Charles Moureu), ils se sont positionnés face à la foule, donc des étudiants certes, mais aussi des résidents, des travailleurs, ou de simples passants, qui se trouvait désormais sur le trottoir en face de la fac. Et les CRS ont chargé, j’étais sur le trottoir côté fac, près des grilles, où d’ailleurs il n’y avait pratiquement plus de CRS, puisqu’ils étaient tous en train de charger la foule. La charge a eu lieu sans que les CRS n’aient reçu aucune menace, aucun projectiles (quoique des boulettes de papiers ça peut faire mal). Voilà, ce que j’ai vu, j’ai vu des gens courir dans tous les sens, hurler, se disperser, certains être violentés et gazés. Merci aux membres de la direction de PMF d’avoir assuré notre sécurité.

Le quartier est resté bloqué jusque 20h au moins. J’ai fini par retrouver des amis, dont certains étaient vraiment choqués et encore tremblants. Nous sommes allés boire un verre ensemble, aux Olympiades, pour discuter de tout ça. Nous n’avons même pas mangé. En repartant vers 21h30, je suis repassée devant la fac, il y avait 5 ou 6 policiers dotés d’armes longues devant les grilles : c’est vrai que c’est sans doute à Tolbiac que l’on trouve le plus de terroriste. »

  • Témoignage 2

« Aujourd’hui c’est un sentiment de dégoût et de honte qui m’anime. Envers les forces de l’ordre présentes bien entendu. Celles-ci ont violenté les personnes présentes à l’intérieur du site comme à l’extérieur, les passants compris. Je les ai vus faire usage de gaz lacrymogènes et de coups de matraques sur la tête de personnes au sol. Une jeune a dû être prise en charge par les secours.

Mais un sentiment de dégout et de honte, d’abord et avant tout envers le Président de mon université. Celui-ci est le premier responsable. Responsable en ayant provoqué ces tensions par la fermeture administrative, alors que permettre la tenue de la réunion aurait évité cette situation. Responsable en ayant autorisé l’intervention totalement disproportionnée de la police.

Aujourd’hui, avec mes amis qui avons vu ces scènes nous sommes vivement choqués. Certains sont traumatisés. Nous garderons en tête pour longtemps ce qui s’est passé sur Tolbiac ce soir du 17 mars.

Décidément, on vaut mieux que ça ! »

  • Témoignage 3

« Pour être arrivé à 18h30 quand c’était le bordel dedans, de voir tout ces cametars de CRS je m’attendais à voir un truc de ouf. Et ce qui m’a choqué c’est surtout le fait de voir que le gouvernement permet l’envoie d’un CRS par étudiant « illegal », comme si chaque étudiant.e était sur de se faire tabasser.
On passe dans un autre problème dans la contestation, c’est les moyens qu’on nous balance à la gueule pour nous imposer la loi. Stay Strong. »

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