Venant des étudiants et professeurs de Paris 8 : « Après la répression à Tolbiac le 17 mars »

Nous, étudiant-e-s et professeur-e-s de l’Université de Paris 8, voulons utiliser notre droit de réponse au communiqué du ministère de l’Éducation Nationale relatif aux « événements » d’hier jeudi 17 mars sur le campus de Tolbiac, communiqué qui a été repris notamment par Libération.

Factuellement : après la manifestation contre la loi Travail devait se tenir une assemblée générale entre étudiants des universités de la région parisienne, à l’Université de Paris 1, sur le site de Tolbiac. Vers 18h, une soixantaine d’étudiants sont entrés dans les locaux, par une porte latérale qu’ils ont trouvé ouverte. Rapidement, des centaines de policiers (et des dizaines de fourgons, de cars) ont débarqué, avec des sirènes d’urgence qui hurlaient, bouclant tout le secteur d’Olympiades et la circulation. Les autres étudiants qui arrivaient ont été contraints de « patienter » dans la rue. Les CRS sont entrés par la force dans l’amphithéâtre où se trouvaient des étudiants, la plupart assis, qui s’apprêtaient à commencer l’AG. Sous le choc, les personnes présentes ont levé les mains en l’air déclarant leur pacifisme. Les forces de l’ordre ont blessé plusieurs étudiants au visage et aux bras avec des matraques, les ont bombardé au gaz lacrymogène dans le couloir après les avoir expulsés, puis les ont maintenus une heure durant devant la sortie. Une étudiante de master de philosophie de l’Université Paris 8, blessée au bras par les forces de l’ordre, a passé la soirée aux urgences.

Dehors, les CRS, et autres policiers en civil, formaient bloc le long de la rue de Tolbiac, tandis que d’autres ordonnaient de reculer, d’avancer, de monter sur la dalle, criaient aux étudiants de « Dégager ». Certains de nos camarades, stupéfaits par leur artillerie militaire, étouffés par le gaz, ont fui en courant, tandis que d’autres, les yeux rouges et le visage déconfit, essayaient de se retrouver entre eux. Les policiers ont pourchassé certains d’entre eux au milieu du trafic, en ont plaqués à terre et embarqué une vingtaine au commissariat.

Nous démentons formellement les informations erronées et hâtives du président de l’université et du ministère de l’Éducation qui, dans sa déclaration, affirmait que des dégradations avaient été commises par les personnes présentes. Nulle dégradation n’a été commise, pas même en intention, par les étudiants présents, uniquement préoccupés par le dialogue relatif aux actions communes, dialogue qui fut précisément empêché par les forces de l’ordre. En compressant les étudiants de l’amphithéâtre au niveau de la sortie, en contraignant les autres à l’extérieur à patienter dehors, en prenant d’assaut la dalle d’Olympiades (sur laquelle nous aurions été heureux de nous réunir) ils ont par trois fois empêché la tenue de ce dialogue.

Nous condamnons fermement :

  • la fermeture des établissements académiques où devaient se tenir des assemblées générales, moment de réalisation vivante de nos valeurs démocratiques ;
  • la violence déployée par les forces de l’ordre contre les étudiant-e-s et les méthodes répressives utilisées contre ceux parmi les étudiants qui cherchaient à filmer la scène, ainsi que l’enregistrement-fichier vidéo des étudiants évacués fait par les policiers ;
  • la détention arbitraire de plusieurs étudiants, mis en garde à vue, parmi lesquels Marco Marchese étudiant en double master de philosophie et photographie à l’Université de Paris 8.

Ces actions vont à l’encontre du principe d’autonomie, de franchise universitaire et de liberté académique qui fonde toute Université.
Les présidences de l’université, à commencer par celle de Paris 8, se doivent de déposer plainte contre les agissements absolument irresponsables et inadmissibles des CRS.

Elles se doivent de protéger tout d’abord l’intégrité physique de leurs étudiants et personnels, et dans les campus et lors de ces manifestations, parfaitement pacifiques et légitimes, belles et métissées par surcroît.

Après la journée du 17 mars en France, nous considérons qu’il faut envisager collectivement désormais les plaintes et les recours devant les diverses juridictions nationales, voire auprès du Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, pour violation des enceintes universitaires et usage disproportionné de la violence et des armes de combat lors de rassemblements ou d’assemblées générales au sein des universités.

Nous estimons que les autorités universitaires doivent être passibles, elles aussi, de répondre des semblables actes. Elles qui, dans le dessein d’empêcher la tenue des assemblées universitaires dans leur propre lieu de travail et d’étude, n’hésitent pas à y faire entrer les forces de l’ordre, ouvrant la voie à de pareils débordements, mettant en cause l’intégrité physique de nous tous, jeunes, étudiants, personnels.

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